Au SC Bastia, la formation des jeunes footballeurs ne s’arrête pas au terrain. Le club transforme les espaces extérieurs de son centre d’hébergement en démonstrateur agroécologique : forêt-jardin, potager, récupération d’eau de pluie, compostage… Soutenu par l’ADEME et l’Office de l’environnement de la Corse, le projet vise à leur donner les clés pour adopter une alimentation plus saine tout en renforçant leur autonomie.
La performance se joue aussi dans l’assiette
D’abord imaginé comme un simple potager, l’ouverture, en septembre 2025, du nouveau centre d’hébergement offre une opportunité d’élargir le projet. Autour du bâtiment, qui accueille 17 jeunes du centre de formation, plusieurs espaces peuvent être cultivés et une cuisine permet de préparer les repas sur place. De quoi imaginer un circuit on ne peut plus court, du jardin à l’assiette : « La nutrition a un impact énorme sur la performance. Cela nous paraissait naturel de nous en servir comme levier pour accompagner l’évolution de nos joueurs », explique Johan Luiggi, président de l’association SC Bastia.
Bien plus qu’un potager
Au départ, le club envisage simplement un potager d’une trentaine de mètres carrés. Puis, accompagné par des spécialistes de l’agroécologie, il voit plus grand : une forêt-jardin, un jardin potager, une pergola et un tunnel végétalisés ou encore une « haie aux oiseaux ». Avant de produire, il faudra toutefois redonner vie au terrain. Constitué de remblais et composé à 50 % de cailloux, le sol ne contient aujourd’hui que 1,9 % de matière organique et présente une très faible activité biologique. Apports de compost et de broyat, paillage et couverture végétale doivent progressivement permettre d’atteindre 4 % de matière organique ou plus. « Avec la conception de ce démonstrateur agroécologique, le Sporting prend un engagement fort et concret pour ouvrir le monde du sport et la jeunesse à l’alimentation durable et à une agriculture qui régénère les sols et les écosystèmes », explique Luis Barraud.
Apprendre sur le tas
Pour commencer, les jeunes seront associés aux semis, aux plantations et aux récoltes. Plus tard, le club aimerait aussi leur apprendre à cuisiner. Car au-delà de la culture des légumes, l’enjeu est aussi d’aider ces adolescents de 16 à 18 ans à gagner en autonomie et à se préparer à vivre seuls. « Dans leur parcours éducatif, il est essentiel de leur transmettre de bonnes habitudes pour qu’ils puissent ensuite gagner en autonomie » souligne Johan Luiggi.
La sensibilisation a déjà commencé. Lors d’un atelier, les jeunes ont notamment débattu d’une question : faut-il manger de la viande pour être un sportif de haut niveau ? Dans la cuisine du centre aussi, légumes, quinoa ou propositions davantage végétalisées font progressivement leur apparition. L’objectif est de leur donner envie de goûter et de comprendre ce qu’ils mettent dans leur assiette.
Économiser et recycler les ressources
Le jardin doit aussi devenir un support concret d’éducation à l’environnement. Ses quelque 400 m² de surfaces cultivées nécessiteraient environ 650 m³ d’eau par an. Des dispositifs de collecte et de stockage permettront de récupérer une partie de l’eau de pluie tombée sur les 700 m² de toiture. Parallèlement, paillage, couverture végétale et ombrage de la forêt-jardin limiteront l’évaporation, tandis qu’un sol vivant, plus riche en matière organique, retiendra davantage l’eau, à la manière d’une éponge.
Même logique pour les biodéchets de la cuisine : épluchures, fanes ou marc de café pourront alimenter le composteur, avant que le compost mûr ne retourne nourrir le jardin. Une boucle qui doit, elle aussi, devenir un outil pédagogique.
Le projet doit franchir une première étape concrète durant l’hiver 2026-2027, avec les premières plantations, une fois les travaux préparatoires achevés. Au-delà de son soutien financier, l’ADEME a accompagné le montage du dossier et continue de suivre son déploiement, aux côtés du club et des partenaires techniques. Cependant, la réussite du projet ne se mesurera pas seulement en kilos de fruits et légumes récoltés. « Je veux qu’ils sortent du SC Bastia avec une éducation complète de vie », résume Johan Luiggi. Qu’ils deviennent professionnels ou non, le Sporting Club de Bastia veut ainsi les préparer à voler de leurs propres ailes en cultivant le sens du collectif et le respect de l’environnement.
Une forêt-jardin, qu’est-ce que c’est ?
Inspirée d’un écosystème forestier, une forêt-jardin superpose plusieurs étages de végétation pour produire davantage sur une même surface. Au SC Bastia, 56 espèces sur 120 m² mêleront arbres fruitiers, petits fruits, plantes aromatiques et cultures maraîchères. L’objectif est aussi de favoriser la biodiversité et réduire progressivement les besoins d’entretien.